samedi 8 octobre 2011

Interview de Martine dans la voix du Nord


Martine Aubry : « Je vois une mobilisation autour de moi et une repolitisation »


 Sa déclaration de candidature à Lille : «une décision mûrement réfléchie».À la veille du premier tour de la primaire socialiste, Martine Aubry, Première secrétaire du parti socialiste jusqu'à sa déclaration de candidature du 28 juin, voit monter une dynamique en sa faveur.


hfavre@lavoixdunord.fr PAR HERVÉ FAVRE
 PHOTO:ÉDOUARD BRIDE



- À la veille du premier tour de la primaire, diriez-vous comme Ségolène Royal que les sondages ont empoisonné la campagne ?
« Pour moi, les seuls sondages qui comptent sont ceux qui permettent de voir si on peut battre Sarkozy. Dans les derniers, je suis à 58 ou 59 %. Ce que je vois surtout dans cette campagne, c'est le soutien des Français, la mobilisation autour de moi, pas seulement des élus, de personnalités. Je suis heureuse d'avoir reçu ces derniers jours les soutiens de Stéphane Hessel, de l'actrice Virginie Ledoyen ou de Jean-Louis Nadal, le plus haut magistrat de France. Je sens aussi une repolitisation. Les Français ont à nouveau envie de croire qu'on peut sortir de la crise, qu'il y a un chemin pour retrouver le sens du progrès. C'est ce qu'ils me disent. C'est pourquoi, je suis très sereine et confiante. » 
Vous avez souvent dit que vous ne rêviez pas tous les matins, comme certains, d'être présidente. Est-ce que l'envie vient en campagne ?
« Ce n'est pas une question d'envie ! Si j'ai pris la décision, c'est que j'ai pensé à un moment donné que j'étais la candidate qu'il fallait à la France en mai 2012.
C'est une décision mûrement réfléchie.
À mon arrivée à la tête du PS, je me suis attachée à mettre en place les conditions pour que l'un d'entre nous gagne. Réunir les socialistes, rénover notre parti, faire voter le projet, avoir des relations de confiance avec nos partenaires en France comme en Europe : je m'y suis tenue jusqu'au bout. Si je m'étais déclarée avant, tout cela n'aurait pas pu être réalisé dans de bonnes conditions.
Une fois ce travail accompli, j'ai considéré, dans la situation actuelle du pays, qu'avec mon expérience, ma capacité à apporter des réponses, ma clarté aussi, c'était à moi d'y aller. »
- Les Français sont-ils prêts à élire une femme à l'Élysée ?
« C'est ce que disent les sondages même si je pense qu'il y a encore quand même des réticences chez un certain nombre d'hommes. Je dis aux Français qui se posent la question, regardez ce que chacun d'entre nous a fait, où est la solidité, l'épaisseur, le courage, la détermination ?
Quand on a, à la fois, fait comme moi du syndicalisme, été numéro trois d'un grand groupe comme Pechiney, directeur d'administration, numéro 2 du gouvernement, maire de Lille et présidente de la Métropole : mes expériences et ce que j'ai fait parlent. Donc je dis aux Français que les hommes et les femmes ne sont jamais que ce qu'ils font, et à partir de là vous verrez à qui vous accordez le plus de confiance pour redresser la France et la rassembler. »
 - Il y avait un risque d'affrontements laissant des traces. Pour vous, personne n'a franchi la ligne rouge ?
« Pas du tout. On est un parti démocratique. Je suis pour que la clarté apparaisse chaque jour un peu plus et que les Français sachent clairement ce que nous proposons sur l'Europe, sur l'éducation, sur la santé, les retraites ou la politique énergétique. Les débats ne nous empêchent pas de nous respecter. »
 - Plutôt que de nouveaux emplois jeunes, d'autres candidats privilégient les emplois en entreprise... 
« Le vrai sujet c'est de relancer la croissance pour créer des emplois.
C'est pourquoi je me suis opposée au plan d'austérité actuel qui risque de nous faire retomber en récession. Il y a des centaines de milliers d'emplois à créer pour le développement durable, dans le bâtiment, le recyclage, les transports.
 Mais d'ici à ce que la croissance revienne, il y a une urgence, l'emploi des jeunes.
C'est pour cela que j'ai proposé ces 300 000 emplois d'avenir financés par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, aberrante en période de chômage. Ces emplois seront tournés vers l'avenir : par exemple j'ai prévu dans un premier temps l'embauche de sept mille jeunes pour aller faire des bilans thermiques de logements partout en France et être ensuite formés aux travaux.
Ce n'est pas comme le disent certains des jeunes payés à ne rien faire.
C'est au contraire préparer le modèle de demain et financer une activité qui aujourd'hui ne serait pas solvable mais qui va dans le bon sens.
Le contrat de génération n'est rien d'autre qu'une nouvelle exonération de cotisations patronales : tout le monde le dit, les syndicats en premier, ça ne crée pas d'emploi et ça coûte très cher, bref que ce serait une nouvelle niche fiscale. »
 - Pour l'école, contrairement à François Hollande, vous ne vous engagez pas sur des créations de postes ?
« François Hollande a dit jusqu'à l'été qu'il était pour ne pas augmenter le budget de l'Éducation nationale. Et là, tout à coup, il propose de créer 60 000 postes d'enseignants.
Moi j'ai toujours tenu le même discours dans le travail que je mène depuis deux ans avec les syndicats et les associations de parents d'élèves.
 Je pense qu'il faut sortir de la seule réponse quantitative sur le nombre d'enseignants. C'est ce qu'a fait la gauche pendant des années, cela n'a pas empêché l'école d'être en crise aujourd'hui, de la maternelle à l'université.
 Donc il faut la refonder. La réponse simple qui consiste simplement à créer des postes n'est pas à la hauteur de la situation. Moi je dis qu'il n'y aura pas de réforme sans embauches bien sûr, mais pas d'embauches sans réforme ambitieuse, car cela ne servirait à rien. »
 - À quelle réforme pensez-vous ?
« Nous avons convenu avec les syndicats que dès le lendemain de la primaire nous commencerions à discuter d'un pacte éducatif sur cinq ans qui entraînera bien sûr des créations de postes, d'enseignants, mais aussi de psychologues, d'assistantes sociales, de médecins, mais qui aura aussi d'autres éléments prioritaires : la formation des enseignants, la revalorisation de leurs salaires en contrepartie du temps passé dans l'établissement pour travailler à un projet collectif et s'occuper des enfants en difficulté. Il faut aussi leur donner plus d'autonomie sur la pédagogie, les rythmes scolaires.
C'est vraiment repenser l'école et pas se contenter d'annoncer soixante mille postes, surtout après avoir dit qu'on n'en créerait pas ! »
- Si vous n'êtes pas choisie comme candidate, vous redeviendrez aussitôt première secrétaire ?
« D'abord j'ai confiance d'être choisie le 16 et dans les deux cas, oui, je compte revenir à cette fonction pour laquelle les militants m'ont élue. Je mettrai toute mon énergie pour l'alternance, que ce soit pour moi ou pour quelqu'un d'autre. » •