On dépérit souvent de ce qu'on croit bon et qui subrepticement nous nuit ou de ce qui agit dans l'ombre sans qu'on en ait conscience et contre lequel on ne se protège donc pas. C'est l'art des camelots de nous convaincre des vertus de leur potion magique tel le "travailler plus pour gagner plus" quand tout l'effort des producteurs de la potion magique consiste justement à "gagner de plus en plus en travaillant de moins en moins". Il y a dans ce double jeu des intentions et des mots une grande perversité.Quand une banque qui vient d'etre sauvée par une injection d'argent public réussit en quelques mois à provisionner 20 milliards de dollars pour des bonus faramineux a distribuer a certains de ses "employés" et que d'autres ont toutes les peines du monde a se faire 1000 euros de salaire mensuel en travaillant (pendant que d'autres encore au rythme de 1000 par jour perdent leur emploi en France), la machine économique a nécessairement de lourdes perversités et ne peut plus etre tenue telle quelle comme un élément compatible avec les besoins du plus grand nombre des humains. Et c'est justement à ce moment là que la social-démocratie à l'échelle européenne choisit de s'en remettre aux doctrinaires de l'économie de marché pour définir les bases du fonctionnement de l'économie ! "Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire" (Jean Jaurès). Cette citation qui s'affiche sur notre blog est en quelque sorte la devise de notre section. J'ai donc cherché, et vrai ou faux, ce que je crois avoir trouvé ne nécessite que bien peu de courage pour le dire. Mais pourquoi le PS, avec toute la social démocratie à l'échelle de l'Union Européenne, est-il dans ce marasme, dans cette crise de crédibilité et de confiance qui fait que l'électorat se détourne de ses candidats surtout aux niveaux ou les grandes options doctrinales se définissent ? La question est lancinante. Mais les réponses ne sont pas convaincantes. Alors je fais comme tout le monde je rumine, je cherche à comprendre. Et j'aboutis a 2 remarques: 1) Au plan fondamental En acceptant l'économie de marché (et le principe de séparation de l'Economie et de l'Etat qui va implicitement avec) tout en laissant aux libéraux le soin de définir le contenu et les modalités pratiques de fonctionnement du marché et la production de l'encadrement légal qui convient pour son épanouissement, le parti socialiste ne s'est-il pas politiquement vassalisé sur le plan doctrinal et embourbé sur le plan politique ? Et si le bon peuple, plus ou moins confusément avait percu que la doctrine économique etait ainsi passée en sous-traitance, sans supervision, aux adversaires déclarés justement sur un aspect fondamental et significatif du clivage gauche-droite et en avait conclu que le vote PS en devenait inutile car stérile sur l'essentiel de ce qui fait le quotidien et meme de ce qui est à l'origine de la situation de crise que nous vivons ? 2) Au plan pratique Un parti politique n'est pas une troupe de théatre qui récite comme à l'opéra et s'époumone à chanter "Marchons ! Marchons" tout en restant sur place. C'est donc totalement inadapté et politiquement contre-productif de s'époumoner à déclamer "Réformons ! Rénovons ! On va le faire ! Vous allez voir ce que vous allez voir !". Il faut tout simplement s'asseoir à une table et commencer à le faire. Naturellement si on ne sait pas ou on ne veut pas voir le point essentiel sur lequel il y a carence car le fonctionnement de l'économie relève d'un postulat de TINA (There Is No Alternative comme le disait Mme Thatcher), alors on est voué à se chamailler sur des détails dont aucun n'a pourtant de réelle importance. S'il est vrai que "poser le problème, c'est déjà le résoudre", j'espère apporter une modeste contribution pour progresser vers la sortie du tunnel enfumé dans lequel nous sommes.
Robert LUBEK
